Pourquoi Proust a-t-il essuyé un refus de Gallimard ? publié par Le Point – Toute l’info en continu le
Voici le principal d’un dossier que notre équipe vient de relever sur internet. Le propos va assurément vous convenir. Car le sujet est « Actualité française ».
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En plein été, quel meilleur moment pour (re)lire À la recherche du temps perdu ? Sous tous les angles, le chef-d’œuvre de Marcel Proust promet les plus belles vacances à qui s’y abandonne. « Le Proust d’aujourd’hui recevrait une lettre type de l’éditeur sollicité qui lui dirait que son manuscrit, de qualité, a retenu son attention, mais qu’il ne correspond pas à la ligne éditoriale de la maison », estimait récemment Michel Onfray dans un entretien accordé au Point. Vraiment ? Toujours est-il que, déjà de son vivant, l’immense écrivain avait essuyé un refus tout aussi glacial, sans explication, de la part de l’incontournable NRF.
À l’automne 1912, Marcel Proust, alors jeune écrivain mondain, dépose le manuscrit de Du côté de chez Swann à la NRF, la maison de Gaston Gallimard et de ses amis. Pour Proust, la NRF est la seule institution digne de son œuvre. Mais le manuscrit ne suscite guère d’enthousiasme. André Gide, membre éminent de la maison, ouvre le manuscrit à la page 62, tombe sur une interminable description d’une infusion de tilleul, puis feuillette la page 64, où une certaine tante Léonie semble avoir des « vertèbres sur le front ». Le verdict tombe, poli mais sans appel : le manuscrit est retourné à Proust.
L’affaire des « vertèbres » : une coquille devenue légende
L’affaire des « vertèbres » est entrée dans la légende littéraire. Officiellement, c’est cette image étrange qui aurait causé le refus du roman par Gide et la NRF. « Elle (tante Léonie) tendait à mes lèvres son triste front pâle et fade sur lequel, à cette heure matinale, elle n’avait pas encore arrangé ses faux cheveux, et où les vertèbres transparaissaient comme les pointes d’une couronne d’épines ou les graines d’un rosaire. »
Des vertèbres sur un front ? L’image défie la raison. Qui donc a jamais eu des vertèbres sur le front ? Le refus se justifie alors par une question de « cohérence métaphorique ». Proust n’a qu’à aller se faire éditer ailleurs, dans des maisons moins sourcilleuses sur la logique anatomique. Mais, en vérité, il s’agissait d’une simple coquille ! Proust voulait écrire « véritables » à la place de « vertèbres ».
C’est du moins ce que défendent Jean-Paul et Raphaël Enthoven dans leur magnifique Dictionnaire amoureux de Marcel Proust : « Remplaçons donc « vertèbres » par « véritables » : la métaphore proustienne, aussitôt, n’en est plus une : tante Léonie, à son réveil, n’a pas eu le temps de disposer ses mèches postiches dont l’absence, de ce fait, laisse apparaître ses « véritables » cheveux – et tout devient limpide. La consultation du manuscrit confirme cette hypothèse : le “t”, privé de sa barre horizontale, se confond aisément avec un “i” et la boucle du “l” peut fort bien être prise pour celle d’un “r” »
Le manuscrit a-t-il seulement été ouvert ?
Mais l’affaire se corse. Selon le témoignage de Céleste Albaret, fidèle gouvernante de Proust, le paquet contenant le manuscrit n’aurait jamais été ouvert. Nicolas Cottin, employé boulevard Haussmann et expert en nœuds marins, avait ficelé le paquet d’une manière si particulière qu’il était difficile de le refaire. Or, le paquet est revenu à Proust avec le même nœud, persuadant Céleste que personne n’avait ouvert, ni lu, le manuscrit. Comment, alors, Gide aurait-il eu connaissance de la fameuse coquille ? « Cela est bien plausible mais rend l’affaire des “vertèbres” encore plus étrange : comment Gide aurait-il eu connaissance de cette coquille s’il n’avait, au moins, feuilleté ledit manuscrit ? De là à supposer que quelqu’un, chez Gallimard – il serait plaisant que ce fût Gide lui-même – ait été expert en nœuds marins… », commentent Jean-Paul et Raphaël Enthoven.
Peut-être, tout simplement, l’éditeur a-t-il bel et bien lu le premier tome de la Recherche du temps perdu et l’a-t-il trouvé mauvais. Ce qui est en cause, c’est l’état du texte tapé à la machine, saturé de ratures et d’annotations, rendant la lecture ardue. Dès le début, le fameux incipit « Longtemps je me suis couché de bonne heure » n’apparaît que manuscrit dans une interligne, après deux autres incipits rayés… Déjà que la lecture de Proust exige une grande concentration, de tels gribouillages n’arrangent rien.
« Lorsque Gide, puisque c’est lui qui lit cette partie-là du manuscrit pour la NRF, a en main le manuscrit, la phrase est vraiment perdue au milieu d’un interligne et il a dû être très difficile pour lui d’entrer dans ce manuscrit », raconte Jean-Marc Quaranta, grand spécialiste de Proust à France Culture. Pour lui, l’état du manuscrit explique aussi le refus : il ne contient pas encore toutes les qualités des textes finaux. D’où cette phrase du Temps retrouvé : « Bientôt je pus montrer quelques esquisses. Personne n’y comprit rien. » Proust, après le refus, retravaille son texte, sollicite les conseils de ses amis, et travaille sur cinq épreuves successives.
Le regret immense de Gide
Finalement, Proust est publié chez la concurrence : Grasset, en 1913. Bernard Grasset, qui vient d’obtenir les deux derniers prix Goncourt, accepte de publier son livre avant même d’avoir lu le manuscrit. L’immense écrivain, dont la renommée sera mondiale, est publié à compte d’auteur ! « J’ai tellement l’impression, écrit-il, qu’une œuvre est quelque chose qui est sorti de nous-mêmes, vaut cependant mieux que nous-mêmes, que je trouve tout naturel de me démener pour elle, comme un père pour son enfant. »
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Dès la parution du roman chez Grasset, l’équipe Gallimard réalise sa bévue. André Gide écrit à Proust : « Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF, et l’un des regrets, des remords les plus cuisants de ma vie. » Gaston Gallimard, lui, passe à l’attaque et propose à Proust de le mensualiser, une nouveauté pour l’époque. Gallimard rachète les exemplaires restants du stock Grasset et les recouvre de la célèbre couverture blanche. À la recherche du temps perdu paraîtra intégralement chez Gallimard, et le deuxième volume, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, décroche le premier prix Goncourt de la maison en 1919.
Dans cette histoire, le vrai perdant est peut-être Grasset, qui ne mesure pas le génie de l’auteur qu’il vient d’accueillir. Jean-Marc Quaranta, ajoute : « Bernard Grasset publie en quelque sorte, malgré lui, ce texte. Il ne s’en aperçoit pas tout simplement parce qu’il ne lit pas le texte et parce qu’il n’a pas la sensibilité littéraire qui lui permettrait de le conserver. Et donc il ne fait rien pour garder Proust auprès de lui, aucune félicitation réelle sur son œuvre, il lui laisse payer, comme c’était d’ailleurs convenu, les frais de publicité, d’impression, de correction, ce que ne fera pas ensuite Gallimard. »
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Bibliographie :
Affaire Priore/Le Calendrier de l’Affaire Priore/1987.,Fiche du livre. Disponible sur internet.
La France en Afrique.,Infos sur l’ouvrage. Disponible à CULTURA.

